VOUS ETES PROF? QUE PENSEZ-VOUS DE LA JOURNEE DE LA JUPE?
26 mars 2009un mail parmi ceux que j’ai reçu venant de professeurs…
Bonjour,
Je viens d’aller voir votre film”La journée de la jupe” au St Lazare Pasquier, et merci car vous m’avez offert un des plus beaux films qu il m’ait été donné de voir.
Je suis née à St-Ouen en Seine Saint Denis et j y enseigne les maths depuis 5 ans au collège alors c’est sur que le film me parle, je connais tout ce dont vous parlez puisque j ai grandi là et je veux partager ce que j ‘ai appris à mes élèves pour qu’ils aient la chance d’ avoir le choix.
Mais fait troublant, comme votre personnage j’ai été confronté à une réalité que je n’arrive pas à admettre, 5 des mes anciens élèves ont abusé d’une jeune fille et leur propos sont exactement ceux que vous donnez à vos personnages..
Alors oui c’est sur que j’ai l’impression que ce film a été fait pour moi, mais je tiens vraiment à vous dire que vous m’avez parlé par un scénario parfait, une direction d’acteur fabuleuse et une mise en scène harmonieuse, tout est cohérent et fait que j’essaie de vous dire maladroitement combien vous avez réussi votre film ..
J’ai bien hâte de voir vos prochains films, continuez et persévérez vous avez beaucoup de talent.
Et puis un deuxième
superbe et très intéressant! Le film le plus proche de l’ambiance que je ressens en tant qu’enseignant en ZEP, depuis une dizaine d’années maintenant.
Ce film est beaucoup plus proche “des possibles” qu’entre les murs.
Et dire qu’à Marseille, il ne passe que dans une seule salle…
un troisième
Ce film m’a touchée….d’abord par l’interprétation d’Isabelle Adjani et ensuite par la justesse du ton….je travaille depuis 20 ans dans ces banlieux dites “difficiles”….et rien ne m’a semblé déplacé ou choquant….
juste une vraie justesse de ton…
Je lis avec peine les commentaires de qquns qui trouvent le film caricatural…à ceux là je leur demande simplement : où ils vivent, ce qu’ils font comme métier, où leurs enfants sont scolarisés…
et d’autres…
FW: la journée de la jupe
Sans doute n’ai-je pas su chercher: je n’ai pas trouvé de moyen d’adresser mes félicitations et de dire toute mon admiration à Isabelle Adjani, ainsi qu’au réalisateur pour ce film courageux!
J’admire Isabelle Adjani depuis ses jeunes années au Français: j’étais alors parisienne et une spectatrice assidue (je suis née en 1958 et cette jeune fille face aux monstres sacrés du Français me fascinait)
Quant au film en lui-même, j’apprécie la vérité du propos: je suis professeur en lycée professionnel.
Je vous sauré gré de transmettre mon message à Madame Adjani, à M. Lilienfeld et à toute la distribution, criante de vérité des élèves à la hiérarchie en passant par les policiers.
ENCORE MERCI ET BRAVO
Anne-Marie Le Gallo-Piteau
professeur de vente au lycée Marie Curie à Villeurbanne
et d’autres glanés sur Allociné
Film qui n’est pas du tout cliché….bien sûr les situations et les caractères sont poussés à l’extrême mais l’ensemble est tout à fait réaliste….bravo. Un prof de collège du 93 qui a vécu de nombreuse scène du film.
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Voilà enfin un film qui ne tombe pas dans un écueil consensuel.
Bien sûr, il ne peut pas être le reflet universel de toutes les classes que l’on rencontre. dans les collèges de France et de Navarre. Toutes les classes sont différentes au sein d’une même école. Etant prof d’arts appliqués (dessin), je suis bien renseignée.
Il faut aussi tenir compte d’autres facteurs (en ville, en banlieue ou en campagne ? Ecole, collège, lycée professionnel ou général ?…).
De ma lorgnette (lycée professionnel dans une ville moyenne), et sur l’ensemble des classes que j’ai à ma charge, j’estime entre environ 30 à 40% le nombre de celles que je juge très difficiles (proches de celles du film). J’ajouterais que ce chiffre tend à s’accroître depuis environ 2 ans.
Pour en revenir au film, je trouve que la « prose » est juste. Par exemple, les insultes entre les élèves. Car oui, c’est comme ça « qu’on » se parle dans les couloirs. Traverser la cour revient à traverser une jungle peuplée d’échanges de grossièretés et d’agressions verbales en tout genre. « C’est normal de se parler comme ça m’dame !». Les phrases sont parfois même incompréhensibles, à part les gros mots qui s’en échappent.
Comme dans le film, il faut faire cours avec : la mauvaise foi, la contestation, la critique facile, les commentaires intempestifs au beau milieu des explications, le tutoiement qui échappe, l’accusation du prof qui doit « rendre des comptes », l’agressivité et la colère de ceux qui ne supportent aucune remarques, … Dès les premières minutes du film, j’ai reconnus certaines scènes vécues, et j’avoue que cela m’a remué. Enfin une fiction qui montre les choses telles qu’elles existent.
Sonia s’épuise face aux divers accidents qui arrivent avant et pendant le cours (au début du film). Seule face à la vague. Est-il déjà trop tard ? Ou peut être a-t-elle déjà tout essayé ?
Il y a deux solutions : se laisser dépasser et tolérer, supporter… mais jusqu’à quel point ?…
Ou se battre et lutter contre les débordements abusifs (je vous laisse mesurer la perte de temps et d’énergie nécessaires. Sachant également que sans suivi de l’administration ou des parents, les observations, les colles, les rapports ne servent à rien). Notez que la classe est nombreuse. Où sont les moyens pour dédoubler certaines classes ?
Dans le film, ce sont les garçons qui se la jouent « caïds » et le machisme de certains qui est mis en lumière. Je dirais que la donne a déjà évolué puisque le phénomène s’étend désormais aussi aux filles qui se mettent en bande derrière, non plus des caïds, mais des Pestes au langage ordurier et aux comportements aussi violents que les garçons. Il ne faut parfois pas grand-chose : « Je l’ai frappée parce qu’elle m’a regardé avec ses yeux ».
Je comprends qu’on ait du mal à s’imaginer à quoi ressemble l’école d’aujourd’hui. Moi-même, si je n’y étais pas, je n’y croirais pas. C’est tellement gros. Et pourtant…
Les profs se sentent seuls, et ils le sont forcément face à la classe. C’est fou ce qu’ils se plaignent ou monologuent en salle des profs. Vieux pli du métier ? Je dirais que c’est peut être une soupape de sécurité qui sert aussi à se rassurer les uns les autres.
Le malaise ne peut pas être imputé à l’école seule. Les profs sont mis au pilori par les médias et l’opinion publique. Faire le choix de trouver un bon vieux bouc émissaire, comme du temps de la récré, reste la solution facile qui évite de se poser des questions. D’ailleurs, quel est l’intérêt d’en trouver un plutôt que de chercher en profondeur ce qui nous amène à cette situation ?
Qu’est-ce qui a changé dans notre société pour que les jeunes ne soient même plus capables ou n’aient plus envie de réfléchir ou de se concentrer ? Qu’est-ce qui se passe à l’extérieur qui vient déborder à l’intérieur ? Comment assurer une autorité efficace sans le soutien des parents ou parfois de l’administration ? Qui ordonne la réforme des programmes à cent lieues des réalités du terrain ? Pourquoi retire-t-on les moyens du service public et dans quelle finalité ? Qui va payer ?…
Cela m’a fait plaisir de voir ce film qui témoigne, à sa manière, d’une réalité trop souvent ignorée, et je remercie ceux qui l’ont réalisé et magistralement joué (bravo à Isabelle Adjani et à tout les acteurs).
Je trouve qu’il devrait être diffusé dans toutes les écoles suivi d’une discussion / débat sur le sujet.
LES PROBLEMES SOCIETAUX EVOQUES PAR LA JOURNEE DE LA JUPE
26 mars 2009A vos commentaires…
LA JOURNEE DE LA JUPE PARLONS DU FILM…
26 mars 2009A vos commentaires…
KOHANN la magic music de “La journée de la jupe”
26 mars 2009“La Journée de la jupe” : un SOS pour l’école française. Jean-Paul Lilienfeld parle de son dernier film sur Afrik.com .
26 mars 2009mercredi 25 mars 2009, par Falila Gbadamassi
Le mal-être des jeunes français issus de l’immigration a envahi l’école. La Journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld, en salles depuis ce mercredi, en fait le sombre constat tout en posant les jalons d’une nécessaire réflexion sur les moyens de préserver la vocation de cette institution. Rencontre avec Jean-Paul Lilienfeld.
Une journée ordinaire pour Sonia Bergerac, professeur de français, qui tente de transmettre son amour de la langue à ses élèves dans la cité où elle enseigne. Indisciplinés, impolis parfois terrorisants, ses jeunes disciples lui mènent la vie dure. D’ailleurs, Mouss s’est permis de ramener une arme dans la classe. Elle veut la confisquer, il l’en empêche mais l’adulte finit par avoir le dessus. Surtout maintenant, avec cette arme à la main. La Journée de la jupe illustre la façon dont les problèmes sociaux et identitaires peuvent s’introduire clandestinement dans ce lieu du savoir par essence qu’est l’école au point de lui ôter son pouvoir. Au lieu de contribuer à leur instruction, l’école est un exutoire pour ces adolescents, fils d’immigrés africains dans une classe où toutes les mixités se font rares. Leur professeur est la première victime de leur colère et de leurs frustrations. Si elles sont légitimes, doivent-ils l’exprimer là, dans cette école qui détient la clé du savoir qui leur servira, peut-être, à trouver leur place dans la société française. Eux qui ont déjà tant de mal à construire une identité parce que ballottés entre deux cultures : celle transmise par leurs parents et celle de leur lieu de naissance. Français, ils le sont à part entière mais la couleur de leur peau ou la religion semble être devenu un mur entre eux et leurs concitoyens. La violence, comme les émeutes de 2005 qui ont inspiré le scénario du film à Jean-Lilienfeld, est comparble à un cri d’amour inaudible. Le réalisateur français le rappelle avec empathie et clairvoyance dans une intrigue qui évoque aussi le machisme dont sont victimes les jeunes femmes dans les banlieues. Ces qualités font écho à la sincérité du jeu d’Isabelle Adjani, qui signe avec maestria, son retour sur les écrans français. On ne peut s’empêcher de voir derrière le professeur qu’elle incarne, la fille d’immigrée, qui rappelle en aînée à d’autres le rôle salvateur du savoir et de la connaissance. Il peut parfois faire tomber les barrières pour ceux que l’on discrimine.
Afrik.com : Y aurait-il une urgence à parler de ce malaise qui mine l’école française du fait que la société a du mal à reconnaître son identité plurielle ?
Jean-Paul Lilienfeld : J’ai fait une émission sur la chaîne Ciné Cinéma où ils m’ont fait la surprise de montrer mon film au ministre de l’Education nationale Xavier Darcos et de recueillir ses impressions. M. Darcos a dit : “Mais l’éducation nationale, ce n’est pas ça !”. A vouloir se voiler la face, on laisse le terrain libre à ceux qui font un état des lieux et qui apportent des solutions racistes. C’est comme ça que Le Pen a eu la parole. Quand il a parlé des problèmes de l’immigration, tout le monde a dit qu’ils n’existaient pas parce que ça venait de lui. Pendant ce temps, le terrain était libre pour le Front National et ses théories racistes. Si des gens qui étaient du bon côté de la force, des humanistes quelques soient leurs opinions politiques s’étaient emparés du problème, le terrain n’aurait pas été libre pour Jean-Marie Le Pen. L’école, ce qui se passe dans les cités, le recul de la mixité, le recul communautariste de tout le monde constitue une problématique qui est à l’origine d’un malaise général. Nier ces problèmes ne les feront pas disparaître et on laisse à nouveau le terrain libre à des idées extrêmes.
Afrik.com : Comment expliquez-vous cette violence que l’on voit chez les élèves de Sonia Bergerac qui va finir par les prendre en otage ?
Jean-Paul Lilienfeld : Les causes en sont multiples. J’ai grandi à Créteil où nous étions alors tous mélangés. Il y avait des Noirs, des Arabes, des Juifs, des Asiatiques, des chrétiens et des musulmans. Je n’y ai jamais vu en 18 ans des gens se taper dessus à cause de leurs origines. Aujourd’hui, il y a un fort repli communautaire parce que malheureusement on a fait évolué des gens en circuit fermé. Il y aussi tous ces immigrés précaires, qui ne connaissent pas la culture française, et qui se retrouvent encore un fois à vivre en autarcie. En plus, ils ont du mal à trouver du travail, ils sont laminés par la vie, les problèmes économiques. Comment peuvent-ils alors s’occuper de leurs enfants ? Les parents n’ont pas toujours la possibilité ni la volonté de le faire. Je suis parent et parfois, pour éviter les situations conflictuelles, on laisse faire. Mais il y a aussi l’ignorance, les idées toutes faites et ce que j’appelle “la fierté de substitution”. Quand on est Noir ou Arabe, c’est évident que l’on est discriminé. Cette fierté de subsitution consiste à se forger une identité parce qu’on en a pas une qui soit respectée. Les enfants se raccrochent ainsi à la religion, à une langue, à un pays dont ils ne savent pas souvent grand chose. D’ailleurs, quand ils vont dans le pays d’origine de leurs parents, on les considère comme des Français. Ils sont complètement largués. C’est une série de problèmes, une chaîne malheureuse qui conduit à cette violence. Mais la situation n’est pas pas inextricable, à condition de s’y attaquer en commençant par la dénoncer quand bien même l’on craindrait de donner des munitions aux racistes.
Afrik.com : J’ai entendu dire par un enseignant à la fin de l’une des projections que les élèves étaient caricaturés. Que répondez-vous à ce type de critiques ?
Jean-Paul Lilienfeld : Les ados qui jouent dans le film ne trouvent pas que c’est une caricature. Bien sûr, sont concentrés en 1h30, des évènements qui vont se dérouler sur six mois. Mais comment ressentir ce que ressent cette prof si on ne donne pas les moyens au spectateur d’apprécier ce par quoi elle est passée ? Ce n’est pas la réalité, c’est un concentré de réalités comme toujours dans une fiction. Toutes les classes ne sont pas comme celle-là, mais il en existe. J’ai par ailleurs rencontré plein de profs qui m’ont dit le contraire. En général, les gens qui sont sur le terrain et qui vivent ces situations au quotidien ne trouvent pas qu’il s’agit d’une caricature. On a souvent demandé aux adolescents qui jouent dans le film ce qu’ils ont ressenti en travaillant. Leur réponse : “rien” parce que c’est tout simplement leur quotidien. Le plus beau compliment qu’on m’ai fait, c’était à Saint-Denis, où nous avons tourné. La salle était composée à 99, 9% de personnes noires et arabes. A la fin de la projection, un vieux monsieur marocain de 80 ans m’a dit, les larmes aux yeux : « Merci de parler de nous normalement ». Je suis toujours très agacé par les intellectuels de salon qui pensent à la place des gens. C’est du post-colonialisme de penser que ces derniers ne sont pas assez intelligents pour savoir ce qui est bien ou pas pour ceux. « Vous vous rendez compte, vous jouez dans quelque chose qui va stigmatiser les banlieues ! », a-t-on reproché à ces jeunes acteurs alors qu’ils savent très bien ce qu’ils font.
Afrik.com : Isabelle Adjani incarne Sonia Bergerac. Vous pensiez à elle en travaillant sur le scénario ?
Jean-Paul Lilienfeld : J’ai écrit l’histoire, puis je me suis demandé quelle comédienne pourrait le mieux interpréter ce personnage. J’ai été benêt parce que j’ai pensé à elle, au départ, tout simplement parce que c’est formidable pour un réalisateur d’avoir un tel stradivarius entre les mains. Isabelle Adjani a accepté en moins de 24h. Elle a réagi tellement vite que je n’ai pas eu le temps de réaliser que ça résonnait avec son histoire personnelle.
Afrik.com : Dans La Journée de la jupe, vous dites qu’il y a une génération de fils d’immigrés qui considérait que l’intégration passait par l’école, et que la nouvelle, semble-t-il, accablée par sa quête identitaire perd tous ses repères, même celui de l’école. Il y a justement une scène très émouvante où Sonia Bergerac supplie presque, les larmes aux yeux, ses élèves de ne pas piétiner cette opportunité qu’est l’école…
Jean-Paul Lilienfeld : Je peux vous dire que les enfants en face n’étaient plus dans le film. Ils l’écoutaient. Après, certains m’ont confié qu’ils « avaient compris des trucs ». Cette scène leur a parlé en tant qu’individus. Ils ont réalisé que leurs parents avaient migré pour qu’ils aient une vie meilleure. J’ai eu cette prise de conscience parce que je mon père est un immigré hongrois. Il a dû partir de la Hongrie parce qu’il était juif et qu’il n’y avait pas d’avenir pour lui dans ce pays. Il a commencé une nouvelle vie en France comme ouvrier. C’est important de rappeler tout cela à ceux qui sont perdus, de leur dire qu’il y a des gens qui se sont battus pour eux et qu’ils doivent en être dignes. Par ailleurs, Sonia Bergerac le dit, quand on Noir ou Arabe, ce n’est pas facile, mais si on est en plus ignorant….
Afrik.com : Cette journée de la jupe, c’est de la fiction ou c’est inspiré de la réalité ?
Jean-Paul Lilienfeld : J’ai commencé à écrire la première mouture du scénario en janvier et je l’ai finie vers juin 2006. Quand je l’ai terminé, je suis allé sur Internet pour vérifier si le titre n’avait pas été déjà utilisé. Je me suis alors rendu compte qu’il venait de se créer, pour la première fois dans un collège agricole en Bretagne, un printemps de la jupe et du respect. Ce n’était pas une cité, il n’était pas question de Noirs ou d’Arabes, mais un collège agricole où on voulait combattre le sexisme ambiant. Je les ai contactés en les rassurant sur le fait que je ne m’étais pas inspiré d’eux, j’en avais les preuves. Et cette année, j’ai fait l’ouverture du Printemps de la jupe et du respect. Cette initiative s’est étendue à tout le département, puis à toute la Bretagne, à Marseille et à Lyon.
Afrik.com : La chaîne franco-allemande Arte a produit La Journée de la jupe mais cela n’a pas été aisé de trouver des producteurs ?
Jean-Paul Lilienfeld : Mes interlocuteurs ont trouvé le sujet trop sensible et ils ne voulaient donc pas y toucher. Par ailleurs, même si ce n’est pas dit de façon explicite, j’ai fait des comédies auparavant. Je suis par conséquent un peu « sale ». Quand on fait des comédies en France, on est pas crédibles en tant que réalisateur ou scénariste. C’est la comédie qui rapporte le plus d’argent au cinéma français, mais elle demeure un genre méprisé.
Afrik.com : Au-delà de sa sortie au cinéma, de la télévision, vous voyez votre film être projeté dans les écoles comme outil de sensibilisation ?
Jean-Paul Lilienfeld : Je ne sais pas compte tenu de la réaction du ministre de l’Education et des syndicats d’enseignants. Ces derniers ont vu le film, l’ont apprécié mais estiment qu’ils ne peuvent pas le prescrire parce qu’il ne valorisent par les enseignants. Pour c’est un fait : les enseignants craquent.
Afrik.com : Que vous inspire le mot diversité et pourquoi la promouvoir n’est pas une sinécure en France ?
Jean-Paul Lilienfeld : La diversité, ce sont des gens qui ont des racines différentes - bretonnes, sénégalaises, algériennes, congolaises, marocaines - et qui se retrouvent sur un terrain commun. Il est difficile de le promouvoir en ce qui concerne les populations qui ont été colonisées parce qu’il y a un effet boomerang. Le racisme immédiat envers les immigrés italiens, polonais, espagnols a existé, mais ils ont fini par s’intégrer. Outre le fait que ces populations soient chrétiennes, aient des racines communes avec la France et qu’elles soient blanches, l’intégration a été plus facile parce qu’il n’y avait pas de passif colonial.
Afrik.com : Dans La Journée de la Jupe, vous illustrez le problème d’une école qui n’arrive plus à assurer sa mission intégratrice. Si vous deviez apporter une solution, quelle serait-elle ?
Jean-Paul Lilienfeld : Remettre le professeur au centre de l’école, pas l’élève. Celui qui sait est là pour transmettre son savoir. Les enseignants nous apprennent à parer les coups de la vie comme dans un cours d’art martial.
Liste technique du film “La Journée de la jupe”
25 mars 2009
Réalisation, scénario et dialogues Jean-Paul Lilienfeld
Produit par Bénédicte Lesage et Ariel Askénazi
Directeur de la photographie Pascal Rabaud
Directrice de casting Cendrine Lapuyade
Directeur de production Pierre Dufour
Chefs costumiers Chattoune, Agnès Beziers, Julien Reignoux
Habilleuse Semira Suspene
Chef maquilleuse Laurence Azouvy
Chef coiffeuse Tourya I. Ennadre
Chef décorateur Olivier Jacquet
Chef monteuse image Aurique Delannoy
Chef monteuse son Hélène Ducret
Chef opérateur son Philippe Richard
Mixeur Emmanuel Croset
Scripte Carole Kornman
Première assistante réalisateur Leslie Tabuteau
Production déléguée Mascaret Films
En coproduction avec ARTE France, Fontana et la RTBF (télévision belge)
Production associée au développement Junior Productions
Avec le soutien de la Région Ile de France
En partenariat avec le Centre National de la Cinématographie
Avec la participation de CARRIMAGES 4, la Télévision Suisse Romande
et 13ème RUE
Distribution de la Journée de la jupe
25 mars 2009
Sonia Bergerac Isabelle ADJANI
Labouret Denis PODALYDÈS
Bechet Yann COLLETTE
Le Principal Jackie BERROYER
La Ministre Nathalie BESANÇON
Mehmet Khalid BERKOUZ
Mouss Yann EBONGÉ
Nawel Sonia AMORI
Sébastien Kévin AZAÏS
Farida Sarah DOUALI
Akim Hassan MEZHOUD
Farid Karim ZAKRAOUI
Adiy Fily DOUMBIA
Jérôme Salim BOUGHIDENE
Khadija Mélèze BOUZID
Cécile Anne GIROUARD
François Stéphan GUERIN-TILLIÉ
Julien Olivier BROCHERIOU
Frédéric Marc CITTI
Les élèves de la Journée de la Jupe
25 mars 2009Mehmet / Khalid Berkouz
Tuméfié quand il entre en cours le jour de la crise, Mehmet est l’une des victimes de Mouss, le caïd de la classe, mais préfère garder le silence, par crainte de représailles sur lui et sa famille…
Farida / Sarah Douali
Longtemps, en dépit de quelques accès de mauvaise humeur, Farida, mine boudeuse, se tait. C’est Nawel, l’une de ses camarades, qui devine le drame indicible qu’elle a récemment vécu….
Nawel / Sonia Amori
Sensible et rebelle, Nawel tente de résister à l’omerta et à la loi machiste qui prévaut au collège. D’origine algérienne, elle a assisté quelques années plus tôt à une descente d’islamistes, dans le village de ses parents. Alors une goutte
d’eau…
Sébastien / Kévin Azaïs
Complice et suiveur de Mouss, le caïd de la classe, Sébastien lui prête main forte, dès qu’il le peut, moins par conviction que parce qu’il peut ainsi profiter du système. Mais la chance ne souriant qu’aux audacieux…
Farid / Karim Zakraoui
Arguant du «respect» en toute occasion pour justifier sa conduite, Farid refuse d’enlever son bonnet en classe. Jusqu’à ce que…
Adiy / Fily Doumbia
Discret, plutôt bon garçon, Adiy assiste aux événements sans réellement y prendre part et n’a qu’un espoir, être enfin libéré de cette histoire de fous. Et d’ailleurs…
Akim / Hassan Mehzoud
Surnommé l’Imam à cause de sa croyance paisible, droit et plus mûr que certains élèves, il manifeste un sens de la justice aigu et n’approuve pas le prétendu Islam revendiqué par ceux qui ne l’ont pas étudié. Mais l’eau qui dort…
Mouss / Yann Ebongé
C’est dans son sac que Sonia Bergerac découvre par hasard l’arme qui précipite le drame. Caïd de la classe, professionnel du racket auprès de ses camarades, jusque-là, personne n’osait s’opposer à lui. Et puis…
Entretien avec Isabelle Adjani
25 mars 2009On connaît vos prises de position sur l’actualité – contre l’intégrisme et le racisme, pour l’Algérie et le Darfour, contre le voile à l’école et les tests ADN pour les candidats à l’immigration… Mais c’est la première fois qu’on retrouve ces préoccupations dans un film dont vous êtes l’héroïne.
C’est ce qui vous a séduit dans La journée de la jupe ?
Au-delà du personnage de cette prof qui pète les plombs, j’ai surtout été frappée en effet par la justesse du constat social. Qu’est-ce que l’éducation aujourd’hui ? Comment en est-on arrivé à cette impasse ?
C’est quand même une des dernières institutions d’intégration, comment se fait-il qu’elle soit dans cet état-là ? Comment se fait-il que le système soit en pareil disfonctionnement et qu’on soit dans un tel malentendu ? Qu’est-ce qu’on a fait à ces élèves ? Qu’est-ce qu’on a fait à ces professeurs ? Pourquoi et comment a-t-on abdiqué devant les exigences de l’enseignement ? J’ai vraiment apprécié que le film ne cherche pas à moraliser socialement, civiquement, qu’il ne cherche pas à donner des leçons, ni à apporter des solutions mais juste – si on peut dire ! - à poser toutes les questions, à mettre les spectateurs en face d’une dure réalité…
Comment vous êtes-vous retrouvée impliquée sur ce projet ?
Grâce à Smaïn que j’ai croisé un jour et qui m’a dit : « J’ai lu un scénario formidable avec un très beau rôle de femme, il faudrait que tu le lises ». Parallèlement, des amis de Jean-Paul Lilienfeld m’en ont parlé et me l’ont fait passer. Je n’ai pas pris plus de dix minutes pour dire oui après l’avoir lu ! Lorsque j’ai rencontré Jean-Paul, il voulait faire La journée de la jupe pour le cinéma, mais il n’a pas trouvé le financement.
Bien plus tard, il m’a téléphoné en me disant : «J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle : le film se fait mais c’est pour la télé.» Je lui ai répondu : «Pas de souci. Je vous ai dit que je serai là quand il y aurait une possibilité de le faire, donc je suis toujours là». Grâce à l’implication d’Arte auprès de ses producteurs de Mascaret Films, deux mois plus tard, on tournait…
Le film s’est tourné en mai dernier, presque en douce, loin de tout battage médiatique…
Personne ne savait que je tournais et… c’était très bien ! Travailler comme ça, loin de toute pression, c’était un vrai soulagement. On devrait d’ailleurs tous pouvoir s’autoriser à la fois le luxe et la modestie de travailler dans ces conditions-là de mise à nu. Lire le reste de cet article »

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